Vous avez envoyé une facture il y a 45 jours, toujours pas réglée. Votre banquier vous parle d’un plafond d’encours sur votre ligne de crédit. Votre stock dort en entrepôt depuis des semaines. Ces trois situations ont un point commun : de l’argent mobilisé, gelé, qui ne circule plus. C’est précisément ce qu’on appelle l’encours, cette notion comptable qui impacte directement votre capacité à payer vos charges.
Qu’est-ce qu’un encours exactement ?
Imaginez un réservoir d’argent gelé, coincé quelque part entre ce que vous avez déjà engagé et ce que vous n’avez pas encore récupéré. L’encours, c’est exactement cela : le solde d’un compte à un instant T, ce qui reste en cours après avoir comptabilisé les entrées et les sorties. Contrairement aux flux qui bougent, l’encours représente un stock figé à une date précise.
Prenons des exemples concrets. Le capital restant dû sur votre prêt immobilier, c’est un encours bancaire. Les factures que vos clients n’ont pas encore payées constituent votre encours client. L’argent placé sur votre assurance-vie représente un encours d’épargne. Chaque fois qu’une somme est mobilisée mais pas encore libérée, vous créez un encours.
Nous observons pourtant que cette notion reste largement sous-estimée dans les TPE et PME. Beaucoup se concentrent sur le chiffre d’affaires ou les résultats nets, sans vraiment mesurer ces montants immobilisés qui révèlent la santé financière réelle de leur structure. Or, un encours mal maîtrisé peut asphyxier une entreprise même rentable sur le papier.
Les différents types d’encours (et pourquoi ça change tout)
Il n’existe pas un seul encours mais plusieurs, selon le contexte dans lequel vous évoluez. Cette distinction n’a rien d’anecdotique : chaque type génère des conséquences différentes sur votre trésorerie et votre gestion quotidienne.
| Type d’encours | Ce que ça représente | Exemple concret |
|---|---|---|
| Encours client | Les créances à recevoir de vos clients | Factures émises non payées, échues ou non |
| Encours fournisseur | Les dettes à régler envers vos fournisseurs | Factures reçues en attente de paiement |
| Encours bancaire | Le crédit non encore remboursé | Capital restant dû sur un prêt professionnel |
| Encours de production | Les produits inachevés ou en stock | Matières premières transformées mais pas vendues |
Chaque type possède son propre impact sur votre situation financière. L’encours client plombe votre trésorerie disponible, tandis que l’encours fournisseur vous offre un ballon d’oxygène temporaire. Nous constatons que l’encours de production reste le grand oublié des TPE : combien de dirigeants savent précisément calculer la valeur immobilisée dans leurs produits semi-finis ? Cette négligence fausse toute l’analyse de rentabilité.
Comment calculer un encours (formules et cas pratiques)
Le calcul d’un encours n’a rien de sorcier, mais il varie selon le type que vous souhaitez mesurer. La formule générale reste simple à retenir : Encours = Encours de départ + nouveaux flux – remboursements. Cette logique s’applique à tous les contextes, que vous gériez un compte bancaire ou des créances commerciales.
Pour les entreprises, deux formules se révèlent particulièrement utiles au quotidien. La première, simplifiée, permet d’estimer rapidement votre encours client : Encours client = (CA annuel ÷ 365) × délai moyen de paiement. La seconde, plus précise, intègre les particularités comptables : Encours client détaillé = Créances clients + Effets escomptés non échus – Avances reçues.
Prenons un exemple chiffré pour clarifier les choses. Votre entreprise réalise 200 000 euros de chiffre d’affaires annuel TTC et accorde un délai de paiement moyen de 45 jours à vos clients. Voici comment procéder :
- Divisez votre CA par 365 jours : 200 000 ÷ 365 = 548 euros de CA quotidien
- Multipliez ce montant par votre délai moyen : 548 × 45 = 24 660 euros
- Votre encours client s’élève donc à 24 660 euros immobilisés en permanence
Cette réalité terrain met en lumière un phénomène que nous observons régulièrement : les délais de paiement font littéralement exploser les encours clients. Passer de 30 à 60 jours double mécaniquement le montant gelé. Vous comprenez maintenant pourquoi certaines entreprises étouffent malgré des carnets de commandes bien remplis.
Encours client vs encours fournisseur : l’équilibre à surveiller
Ces deux encours fonctionnent comme une balance dont l’équilibre détermine votre respiration financière. D’un côté, l’encours client représente l’argent que vous attendez, les créances que vos clients doivent vous régler. De l’autre, l’encours fournisseur correspond à ce que vous devez, vos dettes commerciales en attente de règlement. Le déséquilibre entre ces deux masses impacte directement votre Besoin en Fonds de Roulement.
Imaginez une entreprise qui accorde 60 jours de délai à ses clients mais ne paie ses fournisseurs qu’à 30 jours. Résultat : elle doit trouver 30 jours de trésorerie supplémentaire pour combler l’écart. Ce décalage apparemment anodin provoque des crises de liquidité mortelles, surtout en période de croissance où les besoins augmentent mécaniquement.
Trop d’entreprises négligent l’optimisation de cet équilibre, alors que des leviers d’action existent. Vous pouvez négocier des délais de paiement plus courts avec vos clients, renégocier vos conditions fournisseurs pour obtenir plus de souplesse, ou encore mettre en place une relance systématique dès l’émission de la facture. Chaque jour gagné représente du cash immédiatement disponible.
L’encours bancaire : ce que votre banquier surveille vraiment
Plaçons-nous maintenant dans la tête de votre banquier. Pour lui, l’encours bancaire désigne le montant total des crédits accordés à un client à une date donnée. Cette notion diffère radicalement de vos mensualités : il s’agit du capital restant dû, pas de ce que vous remboursez chaque mois.
Les banques fixent des plafonds d’encours pour gérer leur exposition au risque. Si vous avez obtenu un prêt immobilier de 200 000 euros et remboursé 50 000 euros, votre encours bancaire s’établit à 150 000 euros. Si vous disposez aussi d’une facilité de caisse de 20 000 euros utilisée à 100%, votre encours total atteint 170 000 euros. Chaque établissement surveille ce montant global pour évaluer votre capacité de remboursement.
Nous observons régulièrement cette confusion entre encours et mensualité chez les entrepreneurs. Votre banquier ne regarde pas uniquement ce que vous payez chaque mois, mais bien le stock de dette que vous portez. Lorsque vous négociez un nouveau financement, votre encours actuel sera scruté. Un conseil pratique : anticipez cette discussion en présentant une vision claire de vos engagements et de vos projections de remboursement. Cela vous positionne en interlocuteur crédible et augmente vos chances d’obtenir un plafond d’encours plus confortable.
Pourquoi maîtriser ses encours peut sauver votre trésorerie
Les défaillances d’entreprises trouvent souvent leur origine dans une gestion approximative des encours. Des structures rentables sur le papier se retrouvent en cessation de paiement simplement parce qu’elles n’ont pas anticipé le décalage entre leurs créances et leurs dettes. Le lien entre encours mal maîtrisés et problèmes de trésorerie n’a rien de théorique : il s’observe tous les jours sur le terrain.
Les risques concrets se manifestent sous plusieurs formes. Un encours client trop élevé bloque du cash dont vous avez besoin pour payer vos charges courantes, vos salaires, vos cotisations. Un encours de production mal évalué vous donne une fausse image de votre rentabilité : vous croyez avoir gagné de l’argent alors qu’il dort dans vos stocks. Un encours fournisseur trop faible, certes rassurant pour votre trésorerie immédiate, peut détériorer vos relations commerciales et votre crédibilité.
Trois signaux d’alerte méritent votre attention permanente :
- Un DSO (délai moyen de paiement) qui dépasse régulièrement vos conditions commerciales contractuelles
- Une rotation des encours clients de plus en plus lente d’un trimestre à l’autre
- Un écart croissant entre vos prévisions d’encaissement et la réalité constatée
Face à ces risques, des solutions actionnables existent. Mettez en place un tableau de suivi hebdomadaire de vos encours par client. Facturez immédiatement après la livraison, sans attendre la fin du mois. Automatisez vos relances avec des outils simples qui envoient des rappels avant et après l’échéance. Négociez des acomptes systématiques sur les grosses commandes. Chacune de ces actions libère du cash et sécurise votre fonctionnement quotidien.
